VISITES ININTERROMPUES À KARBALA : LA CITÉ DU GRAND MARTYRISÉ
Karbala continue d’attirer les visiteurs du monde entire, Karbala continuera d’attirer les visiteurs jusqu’à la mort thermique de l’univers, échéance dont Dieu seul connaît l’instant précis. Ce n’est pas un poème populiste, pas non plus une affirmation faite par quelque demeuré esprit mental. C’est bien une vérité d’airain, une certitude inoxydable. Cette vérité tient en quelques raisons qui se nourrissent de la sainteté à laquelle aspirent les humains réfléchis, qu’ils soient des croyants ou des athées- et certainement aussi les djinns. Cette Vérité (avec grand V pour lui conférer sa portée universelle) porte l’espérance en un lendemain meilleur dans la perspective des jours prochains de l’Au-delà. Ces raisons-là, elles sont non exhaustives, on en citera juste quelques-unes comme : Le sang (surtout celui du martyr) qui reste vivant et vivace, cimentant toujours les fraternités (le Coran- 3, 169 dit : "Ne croyez pas que ceux qui sont tués dans le sentier de Dieu sont morts. Ils sont vivant...”. Pour le visiteur, Hussein est vivant. On ne visite ainsi pas une tombe, on rend visite à un vivant. Hussein ; l’éthique qui est une école de valeurs sans laquelle les relatoions entre les Humains releveraient de la vie des animaux dans la jungle ; la spiritualité, ce lien d’attachement au Créateur dont le respect des exhortations et des interdits est converti en promesse du pardon, condition sine qua non pour bénéficier de la félicité éternelle. Pour ces raisons-là et pour bien d’autres que l’intelligence accepte, depuis l'an 61 de l'Hégire (en 680) Karbala est une terre de ressourcement spirituel, une terre d’enssemencement et d’ancrage de la foi, une terre où l’espoir de se prémunir de la deception le Jour des Comptes prend les couleurs de l’espérance. La Tragédie dont le lieu au moment des faits à l’époque était absolument désertique (52° à l’ombre à certains moments de l’année) reste une blessure qui n'a jamais cicatrisé parce qu'elle touche à des couches très profondes, ui ne sont que les coeurs des humains- et des djinns-. Les gens qui y affluent durant toutes saisons ne sont pas tous des musulmans, pas donc tous des chiites qui vénèrent les hautes et nobles figures des Imams descendants de la Famille du Prophète, comme l’a dit un célèbre Maître soufi malien, Amadou Hampâté Ba, ancient fonctionnaire de l’Unesco. La Tragédie de Karbala a quelque chose d’universel pour l’ensemble de l’humanité, qui appellee à la sincérité dans chaque acte, à la droiture, au rejet des injustices, au refus de l’iniquité, de la bassesse, de l’humiliation éhontée, de la courbette, de l’acceptation des arbitraries, des deviances ; qui appellee donc à la résistance opiniâtre à toutes oppressions à toutes les agressions. L’action singulière de l’Imam al-Hussein est, vue sous ses angles, la plus grande revolution que le monde est jamais connue et qui servira d’exemple jusqu’à la mort thermique de l’univers dont Dieu seul connaît l’instant T. Imam et non individu lambda, al-Hussein savait bien qu’en venant à Karbala, il allait mourir. Mais, il est de la lignée prophétique pour qui, selon la judicieuse formulation de son père, Ali ibn Abi Talib, “Je ne vois en la mort que délivrance” Il n’avait 72 compagnons contre des milliers, les historiens mentionnent 30 000 assassins mobilisés. Il y est allé et y est resté. Il est est arrive en Soumis (musulman) comme le fils du Prophète Ibrahîm, Ismaïl. Dans la théologie chiite, sa mort n'est pas une défaite, c'est un _choix_pour préserver l'islam authentique face à l'injustice de Yazid. Il avait avec lui la légitimité, lui fils de la plus noble lignée, et Yazid n’avait que le pouvoir, lui descendant de la plus abjecte lignée des Arabes, la famille d’Abou Soufiyane. La sienna demeure glorifiée jusqu’à la fin des temps, celle du commanditaire de son odieux assassinat n’a plus de trace que dans le Musée universel des actes répréhensibles, toujours citée comme l’expression parfait de l’ignomie humaine, de la damnation certaine. Autant la noble sépulture de l’Imam al-Hussein se trouvant dans le Mausolée de Karbala où repose également son frère Abdoul Fadl Abass est visitée sans arrêt, jours et nuits, comme une circumbulation (tawaf autour de la Kaba à la Mecque), autant nul ne se donne la peine de rechercher le tombeau de Yazid. Une grande leçon pour qui sait comprendre les signes divins ! Ceux qui viennent visiter Karbala ne s’y rendent pas pour faire du tourisme. En effet, aucun tourisme au monde ne déplace 20 à 22 millions de personnes à pied pendant des jours sous, au moins, 45 degrés. C’est le cas de l’Arbaeen, la commémoration du 40ème jour du martyre de l’Imam Hussein. Et pourtant, que n’at-on pas fait, depuis plus d’un millénaire, pour empêcher d'aller à Karbala sous les Omeyyades, les Abbassides, voire sous Saddam Hussein qui osa décocher un coup de pied à la sepulture de l’Imam Hussein... ? Tous les empêchements, toutes les entraves, les interdictions, les punitions, n’ont fait que renforcer l'attachement des gens à l’esprit de la revolution d’al-Hussein. L'interdiction a amplifié l'amour pour lui et bonifié le désir de lui rendre visite. L'Arbaeen, aujourd'hui, est le plus grand rassemblement humain au monde. La procession met au coude à coude toute la gent humaine : marcher ensemble pendant 80 kilomètres, pleurer ensemble, manger ensemble, cela recrée une communauté : la Ummah_ au sens le plus concret. Sur le trajet Najaf-Karbala, on n’est pas que Malien, Ivoirien, Sénégalais, Allemand, Français, Canadien, Saoudien, Pakistanais, Indien, Iranien, etc., tous sont des marcheurs certes, mais c’est comme si c’est l’Imam Hussein qui marche aussi en venant à la rencontre de chacun de ses visiteurs. Cette ambiance qui fait de tous Un dans l’effacement des differences raciales, linguists, de croyances,, c'est ce que les anthropologues appellent la communitas_ : un moment où les hiérarchies sociales disparaissent. Venir à Karbala, c’est-àdire se rendre auprès d’al-Hussein, lui rendre visite, ce n'est donc pas du tourisme ordinaire. Ce sont des moments, à l’occasion d’Âchoura, de l’Arbaeen et de tous les moments, ce sont des moments de communion que les musulmans partagent avec d’autres communautés, les chrétiens et les non croyants, on les rencontre fréquemment en ce lieu. Tous viennent témoigner du courage et de la foi profonde d’al-Hussein : là, le lieu subjugue chacun : "Moi, à la place de Hussein, aurais-je eu le courage de rester ?" Telle est la sempiternelle question qui ne s’éteindra pas. Il y a la marche elle-même, il y a aussi les mawakib, ces auberges spontanées mais bien voulues sont comme des institutions de l’économie du don total qui ne demande pas retour sur investissement, si ce n’est la recompense divine, ces mawakib où les pèlerins, les visiteurs d’al-Hussein, trouvent les moments de repos, de sommeil, de restauration… avant d’arriver à Karbala pour être le dome, moment d’immense joie. L’Arbaeen est pour les généreux contenteurs de l’Imam Hussein une occasion inspérée de l'année où ils vivent un islam de générosité pure, sans argent. Ce qui frappe le plus les observateurs non-musulmans, c’est la morale morale universelle qui répand ses effets à Karbala.
Toujpours du côté de l’opprimé
Karbala est une cite singulière dans le monde. Elle nous à dire non. Non à l'oppression, même quand on est seul face à une multitude immorale et criminelle. Non à l'humiliation. Oui à la dignité. Hussein est-il ainsi devenu l'archétype universel du juste qui refuse de prêter allégeance à un tyran. C'est pourquoi des Irakiens, des Iraniens, des Libanais, des Pakistanais, mais aussi des Maliens, des Nigérians, des chrétiens et même des non-musulmans ont Karbala dans le coeur. Ils n’y viennent pas tous pour la même doctrine, ils viennent tous pour la morale. "Nous n'avons pas oublié, nous sommes toujours du côté de l'opprimé, la leçon est pour nous." Telle est la rengaine.
Le long du temps, les esprits éclairés ne cessent d’être fascinés par la glorieuse histoire d’al-Hussein. De grands noms occidentaux et non-musulmans l'ont résumé. Les historiens britanniques - Une tragédie qui glace même les plus froids. Le plus cité est Edward Gibbon, considéré comme le plus grand historien anglais de son époque, dans son _Déclin et chute de l'Empire Romain_ : "Dans un âge et un climat lointains, la scène tragique de la mort de Hussein réveillera la sympathie du lecteur le plus froid." Pour lui, Karbala dépasse l'islam. C'est une tragédie humaine au sens grec du terme. Quant aux es orientalists, c’est l'émotion qui ne s'éteint pas. Edward G. Browne, professeur d'arabe à Cambridge : "...un rappel du champ ensanglanté de Kerbela, où le petit-fils de l'Apôtre de Dieu tomba torturé par la soif et entouré des corps de ses proches assassinés, a suffi à tout moment depuis lors à évoquer, même chez les plus tièdes et les plus insouciants, les émotions les plus profondes, le chagrin le plus frénétique..." Ignaz Goldziher, grand orientaliste hongrois, ajoute que depuis ce "jour noir de Karbala", le deuil est devenu une littérature à part entière. Il note ce proverbe arabe qu'il a trouvé : "Plus touchant que les larmes des chiites", pour dire à quel point la douleur est reconnue même par les adversaires. Il s’y ajoute les philosophes et écrivains - La leçon politique. Thomas Carlyle, philosophe écossais : "La meilleure leçon que nous retirons de la tragédie de Karbala est que Hussein et ses compagnons étaient de fermes croyants en Dieu. Ils ont illustré que la supériorité numérique ne compte pas quand il s'agit de vérité et de mensonge. La victoire de Hussein, malgré sa minorité, m'émerveille !" Charles Dickens, romancier anglais, disait avec une logique simple : "Si Hussein avait combattu pour assouvir ses désirs mondains, je ne comprends pas pourquoi sa sœur, sa femme et ses enfants l'ont accompagné. Il est donc évident qu'il s'est sacrifié purement pour l'Islam." Peter Chelkowski est professeur à New York University, qui résume froidement les faits pour des étudiants américains qui ne connaissent rien à l'islam : entouré sans eau pendant dix jours dans le désert brûlant, refusant de prêter allégeance alors que la défaite était certaine, puis massacré avec sa famille. Aujourd'hui, les universitaires occidentaux ne voient plus Karbala comme une simple bataille de 680. Ils y voient : un conflit entre ‘’pouvoir et légitimité’’. Yazid avait l'armée et l'État. Hussein avait la légitimité morale. Et c'est la légitimité qui a survécu plus de 14 siècles. Une source de résistance non-violente. Gandhi lui-même, qui n'était pas occidental mais non-musulman, disait : "J'ai appris de Hussein comment remporter la victoire tout en étant opprimé." La liste est longue, très longue.
Les Occidentales et Dame Zaynab
Mais citons Thomas Carlyle qui, à propos d’al(Hussein, écrira : Sans son martyre, l’Islam se serait éteint depuis longtemps”. Pour ce qui est des femmes occidentales qui viennent de plus en plus à Karbala, on peut imaginer leur admiration pour Zaynab, la sœur de Hussein. Leur pensée peut bien porter sur : "Tout le monde parle de Hussein mort, mais nous, occidentales, sommes frappées par Zaynab vivante. Après le massacre, c'est elle qui a été emmenée enchaînée à Damas et qui c’est elle qui a parlé devant le palais de Yazid, sans baisser les yeux. Pour beaucoup de beaucoup d’entre nous qui venons à Karbala, elle est la première manifestation féministe de l'histoire : une femme qui défend la mémoire contre un empire.” Comme quoi, après al-Hussein, sa famille et les 72 martyrs autres qui de la Grande Tragédie, après Jabir Abdallah al-Ansary, tout le monde devrait se rendre à Karbala. C’est la cite où flotte l’esprit du Martyr le plus grand.
Amadou Diallo (Bamako)



