Cha’aban : d’Al-Hussein à Al-Mahdi
Il n’y a pas de hasard dans l’ordre divin. Tout, absolument tout, procède d’une sagesse mesurée. Ce qui nous entoure n’est jamais insignifiant : un son inattendu, le vol soudain d’un oiseau, une fleur qui s’ouvre à un instant précis, une parole entendue par hasard… Autant de signes qui, pour qui sait observer et réfléchir, deviennent des messages.
Le Saint Coran ne cesse d’inviter l’être humain à la réflexion : *« Ne réfléchissez-vous donc pas ? »* La Révélation transmise au Prophète Mouhammad (paix et salut sur lui et sa famille) par l’Ange fidèle Djibrîl n’est pas destinée à être simplement récitée, mais méditée. Réfléchir est l’acte fondamental des doués d’intelligence.
Cette lumière de la réflexion éclaire particulièrement le mois de Cha’aban, huitième mois de l’année lunaire islamique. Allah a décrété que les mois soient au nombre de douze, ni plus ni moins. Toute altération de cet ordre relève de l’égarement. Ce nombre douze résonne d’ailleurs profondément dans la tradition islamique à travers les douze Imams de la descendance du Prophète, modèles de pureté, de droiture et de guidance.
Le croyant attentif découvre que le monde, la science et la Révélation convergent vers une même réalité : l’existence d’un ordre subtil qui renvoie au Créateur, Celui « que les regards ne peuvent atteindre ». Les avancées scientifiques modernes, loin d’éloigner de la foi, mettent en lumière des vérités qui invitent à une compréhension plus profonde des signes divins.
Sur le plan spirituel également, des réalités surprenantes sont évoquées dans le Coran. L’histoire du Prophète Souleymane (paix sur lui) et du Trône de la reine Balkis nous montre qu’au-delà des moyens matériels, la connaissance issue du Livre permet d’accomplir ce qui dépasse l’imagination. La foi, lorsqu’elle est enracinée dans la connaissance divine, transcende les limites ordinaires.
Le Coran affirme : *« Nous n’avons rien omis dans le Livre. »* Ainsi, chaque verset porte une profondeur qui ne cesse de se dévoiler à celui qui médite.
Dans la sourate Maryam (19), Allah dit à propos de Yahyâ :
*« Que la paix soit sur lui le jour où il naquit, le jour où il mourra et le jour où il sera ressuscité vivant. »* (19:15)
Et ‘Îsâ ibn Maryam déclare :
*« Que la paix soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai et le jour où je serai ressuscité vivant. »* (19:33)
Ces trois moments — naissance, mort et résurrection — ne sont pas des instants ordinaires. Ils portent une signification spirituelle profonde.
C’est dans cette perspective que s’inscrit Cha’aban. Le 3 Cha’aban marque la naissance de l’Imam al-Hussein (paix sur lui), symbole suprême du sacrifice et du martyre sur le chemin d’Allah. Le 15 Cha’aban marque la naissance de l’Imam al-Mahdi (qu’Allah hâte sa réapparition), le douzième Imam, neuvième descendant d’al-Hussein.
Entre ces deux dates, douze jours exactement.
Un intervalle qui, pour le croyant méditatif, ne peut être perçu comme une simple coïncidence, mais comme un signe invitant à la réflexion : de Hussein, incarnation du sacrifice, à Mahdi, promesse de justice universelle.
Cha’aban devient ainsi un pont spirituel entre le martyre et l’espérance, entre le passé du sacrifice et l’avenir de la justice.
Amadou Diallo



